Centre de documentation de la truffe
A Sorges, le mystérieux champignon et la possibilité de favoriser sa naissance intéressèrent très vite tous les milieux de la société, et pas seulement les agriculteurs : dans ce domaine aussi , les Sorgeais furent précurseurs d’un phénomène devenu courant aujourd’hui, de plus en plus de trufficulteurs contemporains ayant une activité principale sans lien avec le monde agricole.
Apparut ainsi au début du XXe siècle toute une génération de producteurs d’un genre nouveau, qui exerçaient des professions à dominante intellectuelle mais étaient devenus également des praticiens et des théoriciens de la trufficulture.
C’est, par exemple, le cas de Sylvestre DELTEILH, instituteur à Négrondes, qui avait acheté une propriété agricole à « Ogres » et planté ses chênes truffiers sur un plateau du causse, à cheval sur les communes de Savignac-les-Eglises et de Saint-Jory-Lasbloux, mais à deux kilomètres à peine du clocher de Sorges. Ayant affiné avec succès plusieurs techniques culturales, il donna de multiples conférences dans le département et dans les départements alentour pour inciter les propriétaires de terrains de causse à se lancer dans l’aventure et pour les guider de ses précieux conseils. Il fit imprimer en 1901 le texte de l’une de ses conférences, donnée la même année, afin de toucher le plus grand nombre : « La trufficulture et le progrès » (Imprimerie Joucla – Périgueux).
Le plus célèbre de ces trufficulteurs sorgeais, à la fois praticien et théoricien, est sans conteste Louis PRADEL, médecin de son état. Il avait hérité une propriété à « Hâche » (non loin de celle de Sylvestre DELTEILH, sur la commune de Savignac-les-Eglises), qui lui permit de développer son domaine truffier au-delà des parcelles plantées « aux Dugassoux », où il habitait et avait installé son cabinet de médecine.
La remarquable réussite des techniques qu’il mit en œuvre sur une grande superficie, attestée par la quantité et la qualité de la production qui en résulta, l’incita à publier en 1914 son « Manuel de trufficulture », qui reste l’un des textes fondateurs de la trufficulture moderne.
Le mélange étroit de la pratique et de la théorie a fait naître chez nous une véritable culture de pays truffier. Tous les Sorgeais de souche sont plus ou moins trufficulteurs et la truffe est au centre de beaucoup de conversations, auxquelles participent avec la même ardeur ceux qui ne possèdent pas le moindre chêne sur le causse…
La truffe entre dans un mode de vie, dans un rapport particulier à la nature, elle est un lien entre ceux qui vivent sur son terroir et un symbole fort pour l’identité d’un pays. Ce n’est pas pour rien que les six communes qui sont entrées dans la communauté dont le siège est à Sorges ont décidé de se dénommer dans celle-ci « villages truffiers ». Agonac, Cornille, Ligueux, Négrondes et Sarliac-sur-l’Isle ont, comme Sorges, une partie de leur sol qui est calcaire : que celui-ci soit jurassique ou crétacé, il a produit hier beaucoup de truffes et peut demain renouveler ce prodige, si les hommes savent le « commander à la nature en lui obéissant », pour paraphraser la belle formule de Jean ROSTAND.